2015-04-16 / Editorial

Le grenier de souvenances de Norman

La Pâques de ma jeunesse
By Norman Beaupré

Puisque nous sommes encore dans l’octave du temps pascal, j’ai cru bon d’écrire à propos de mes souvenirs de Pâques. Tout jeune, comme tous les petits enfants, j’attendais les fêtes de Noël et de Pâques avec une fébrilité de jeunesse. Noël passée et le carême achevé, et puis suivant la semaine sainte avec les hautes journées liturgiques du jeudi saint alors qu’on avait changé les voiles violets sur les statues et on les avait recouvertes de voiles blancs pour les changer une autre fois aux voiles violets pour le vendredi saint et son lugubre ton de la mort du Sauveur. Ensuite, ce fut l’avant-midi du samedi saint, alors que nous les enfants nous attendions avec ardeur que les cloches nous reviennent de Rome où on les avait envoyées durant le Gloria du Jeudi Saint. Ce fut alors l’heure de midi que la saison du carême fut terminée une autre année afin que nous puissions manger notre “candé.” Si nous n’avions pas casser notre carême, alors c’était encore plus savoureux nos bonbons.

Nous avions vu et aperçu d’un oeil vif et ardent que les jolies paniers de Pâques enrobés de papier céllophane jaune ou rose furent à la découverte il y avait bien quelques semaines d’avance afin d’allécher les jeunes comme moi. J’en avais toujours un, un beau gros dans l’oeil. Pas que j’anticipais en avoir un si gros et si attrayant, mais c’était pour moi dans le domaine du rêve. On rêve toujours pour ce qui est souvent inaccessible, semble-t-il. Cependant, j’étais certain que j’en aurais un puisque peut-être faute de mes parents, tante Éva, ma marraine, m’en achèterait un. Ça c’était sûr car elle était la fée de ma jeunesse.

J’en avais vu un chez Newberry, un gros panier en jonc tressé de couleurs avec une grosse anse et surmonté d’un gros ruban jaune, ce qu’on appelle chez nous une “bouque”. Le céllophane s’harmonisait si bien avec le ruban que tout semblait resplendir de la splendeur du soleil. Tout apparut sensationel pour un petit bonhomme comme moi que j’étais alors. Plus je le regardais plus il m’apparaissait comme celui de mes rêves de Pâques. C’était vraiment un gros et un beau panier de Pâques. Je me suis dit qu’il fut fabriqué spécialement pour moi. Il n’y en avait pas d’autre comme lui. C’est lui que je voulais. Pas d’autre. Tout en le regardant de près, j’ai bien vu qu’il y avait dedans au plein centre un beau gros lapin en chocolat debout sur ses pattes avec un petit panier qu’il tenait dans ses mains de lapin. Il semblait avoir un large sourire sur ses lèvres. Le contenu du panier était bien meublé de toutes sortes de bonbons. Tout autour du gros lapin, il y avait des poussins en pâte de guimauve jaune. Cela me plaisait beaucoup car je pouvais déjà goûter à ces petites délices. Il y avait des petites poules en chocolat, des petits chiens et chats en chocolat, de très petits oeufs colorés, et saupoudrés ici et là, des dragées à la gelé de sucre, ce qu’on appelle en anglais, jelly beans. De plus, il y avait sous forme de curedent des petites figures d’animaux faites de sucre coloré. Le tout était étalé sur une touffe d’herbe en chiffons de papier vert. J’avais donc envie de l’avoir ce beau gros panier de Pâques. Je courus à la maison tout essoufflé et en même temps émerveillé de ma découverte au “store à dix cennes.” Parfois ma mère m’envoyait “s’a grand’rue pour faire des commissions” et c’est alors que j’avais flâné un peu chez Newberry afin de regarder de près mon beau panier de Pâques. “Mais qu’estce que t’as fait? Ça t’a pris ben du temps. J’commençais à me tracasser de toé,” me gronda-t-elle. Je lui ai dit que j’avais vu chez Newberry le plus beau panier de Pâques jamais, et que j’avais passé du temps à l’examiner. Elle me dit de ne pas y penser car elle ne pourrait pas être capable d’acheter un tel panier pour ses trois enfants. “L’argent ne tombe pas du ciel,” me dit-elle. Au plus profond de moimême je pensais que je pourrais l’avoir si je réussissais à convaincre tante Éva de mon besoin de bonheur de Pâques sous la forme d’un beau gros panier de Pâques chez Newberry. “Pas besoin d’aller achaler ta tante, non plus” ajouta-t-elle. Je savais bien qu’elle se soupçonnait de mes tactiques de filleul. .

Eh bien, je ne l’ai pas eu mon beau gros panier de Pâques de chez Newberry. J’en ai eu un beau, pas tros gros comme celui que je désirais tant mais un assez beau panier suffisant pour mes fringales de Pâques. Cependant, j’ai reçu de tante Éva trois belles croix en chocolat avec une jolie décoration blanche et rose. Elles étaient faites de pâte de guimauve que j’aimais tant. Ma grand-mère nous a donné, nous les enfants, des sous pour acheter ce qu’on voulait chez Parenteau. À la fin de la journée j’avais eu beaucoup de bonbons, assez pour me régaler. Cependant, j’avais retenu dans l’oeil mon très beau et gros panier de Pâques de chez Newberry que je n’oublierais jamais. Ah,les beaux dimanches de Pâques passés dans une rêverie d’un petit garçon rêveur et ayant le plaisir de jouir des petites joies de Pâques en famille.

Le Grenier des Souvenances de Norman paraît toutes les deux semaines et ces articles sont basés sur les souvenirs de Norman Beaupré alors qu’il grandissait à Biddeford dans les années 1930 et 1940. Ils sont ancrés dans les expériences culturelles franco-américaines. Le Docteur Beaupré a son doctorat de l’Université Brown. Il a enseigné plus de trente ans à l’Université de la Nouvelle-Angleterre avant de prendre sa retraite en l’an 2000. Il a ensuite voyagé considérablement et a écrit des romans et d’autres livres en anglais et en français.

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