2015-03-05 / Editorial

Le grenier de souvenances de Norman

L’hiver dans le bon vieux temps
By Norman Beaupré

J’arrive des Caraïbes où il a fait chaud et très beau pendant trois semaines, mais, hélas, à notre retour au Maine nous nous sommes rendu compte que le pire des temps d’hiver avait frappé la Nouvelle-Angleterre et nous voici dans des tunnels de neige.

Il n’y a pas trop longtemps que Ben Villandry m’arrêta pour me demander que je consacre une rubrique à l’hiver du bon vieux temps puisqu’il m’assurait de sa croyance qu’un temps sans neige en hiver n’est ni sain ni favorable à la santé des gens. Il se basait sur les vieux dictons et croyances des vieux de son temps qui était le mien. Il venait lui et sa femme, Béatrice, d’essuyer une tannante de maladie d’hiver, une mauvaise grippe/virus qui les laissa faible avec le corps affaibli par les “videments” du haut et d’en bas, si vous savez ce que je veux dire.

Et bien, c’est certainement vrai que nos ancêtres croyaient fermement dans la notion qu’un temps en hiver où il n’y a pas ou presque pas de neige, c’est un temps de maladie. C’est que la neige vient purifier, ou ce qu’ils disaient “clairer” le temps. A leur dire, un temps à contretemps en hiver, n’est pas sain du tout pour nous au nord du pays. Je ne sais pas pour les gens des autres pays ou des autres hémisphères. Je suis certain que nos ancêtres nous diraient que c’est partout pareil. Je me souviens que ma mère avait une vieille photo sur laquelle on pouvait voir une terrible “bordée” de neige sur les routes aussi haute que les poteaux de télégraphe. Il devait y avoir vingt à trente pieds de hauteur de neige accumulée. Mon onle, Willé, paraissait un nain à côté de tout ça. Moi-même en grandissant je n’ai pas vu autant de neige dans une seule bordée. J’en ai vu beaucoup mais pas autant que ça. En hiver, nous allions patiner, glisser sur la neige sur la côte Simard qui traversait la rue Cleaves pour aller nous jeter dans la pente des Paquette jusqu’à la cour d’en arrière. Les Paquette n’objectaient pas à nos caprices d’hiver. Dans ce temps-là il n’y avait pas beaucoup de circulation dans les rues surtout sur la rue Cleaves et nos amis guetttaient la route. Nous faisions bien attention de ne pas rencontrer une voiture sur notre route de glissade. Faut croire que nos parents nous portaient confiance, car ils nous “trustaient” comme on le disait. Il y avait nous les trois Beaupré, les Paquette, les Garneau, les St-Michel, les Gagnon, et d’autres dont je ne me souviens pas. Nous rentrions à la maison trempés de neige jusque dans nos bottes et même dans nos vêtements d’hiver, nos “snowsuits”. Il fallait que nos mamans nous dépouillent couche sur couche afin de nous essuyer et nous mettre à sec. Mais, on avait eu du plaisir, du fun!

Avec l’hiver et sa neige, on faisait des bonhommes de neige et on jouait dans la neige à n’en plus finir. L’hiver c’était ça, la neige et le bon temps pour les enfants. Quant aux grandes personnes, alors ils devaient faire face aux intempéries et le trouble de voyager en voiture sur des routes parfois glacées où il fallait manoeuvrer les dangers de conduire avec sûreté afin d’éviter les malheurs de la route tels les accidents. Nous les jeunes, nous n’avions qu’à suivre les grandes personnes qui nous avaient sous leur garde. Nous ne connaissions pas les dangers d’hiver. Pour nous, c’était la saison de la neige et du bon temps en famille. Il y avait donc des sports d’hiver tel le patinage, les glissades, le hockey, les coureurs dans la neige tels les raquetteurs, et autres qui savaiant utiliser les bons temps d’hiver. Nous étions des habitants du nord at alors nous et nos amis canadiens ainsi que la parenté québécoise, nous étions tous accoutumés au grand froid et à la neige. Nous l’avions dans le sang et puis c’était dans le sang des nôtres depuis des décennies. Nous avions appris à nous adapter au temps de l’hiver pour ensuite jouir du printemps. Cependant, très souvent il nous fallait passer à travers des secousses de maladies tel le rhume, la coqueluche, et les autres maux respiratoires. C’est pour cela que les bonnes mamans approfondies dans la tradition québécoise, elles nous faisaient porter des médailles pour nous protéger contre les maux spirituels et temporels ainsi que des petits sachets de camphre afin de nous protéger contre la maladie. Tous les enfants d’école sentaient le camphre. C’était aussi le temps de l’huile de castor et des herbages car les mamans ne voulaient pas que leurs ouailles tombent malades. Il y avait toutes sortes de remèdes faits à la maison. On les avait appris de nos grandmamans et elles les avaient appris des leurs.

Comme enfant, on rentrait du dehors souvent gelés “au coton”, le bout des doigts rouges ainsi que le bout du nez. Maman nous faisait une bonne bolée de chocolat chaud et parfois avec des “toasts” sur le poêle. Que c’était-tu bon! On sait bien que l’hiver c’était le temps des fêtes et nous nous réjouissions en famille ce qui coupait l’hiver en deux, la jouissance et les difficultés d’hiver. Il y avait aussi le temps du carême pour aboutir à la Pâques, ce qui voulait dire le printemps et la disparution du froid et de la neige. En mars, au temps du dégel, il y avait la cueillette de la sève des érables avec des chalumeaux qui conduisaient le “dégouttage” dans des bocaux attachés à l’arbre. Il y avait des étapes pour faire le sirop d’érable: l’étape de la trempette, ensuite l’ébullition pour la rendre assez bouillie pour faire de la tire sur la neige, et ensuite l’étape du sirop doré et pur. Encore plus avancé, il y avait le sucre d’érable pour ceux et celles qui en voulaient afin de plaisanter le palais.

Oui, l’hiver sans neige devient un temps de maladies et d’ennuis. Cependant, Monsieur Villandry, trop de neige nous cause de grandes difficultés dans nos vies en hiver. On n’est jamais satisfait, faut-il croire. J’ai bien hâte au printemps, en tout cas. Ensuite, c’est la saison du grand ménage avec sa poussière, ses taches d’hiver, ses saletés dans tous les p’tits coins, et les torchons qui nous viennent en aide. Bon ménage à tous. Cependant, je dois dire que c’est ironique que d’écrire cette rubrique après toutes les dures intempéries de cet hiver alors que nous avons eu beaucoup trop de neige et qui cause tellement de difficultés pour voir aux coins des rues et des sorties des débouchés de garage. O, l’hiver et la neige!

Le Grenier des Souvenances de Norman paraît toutes les deux semaines et ces articles sont basés sur les souvenirs de Norman Beaupré alors qu’il grandissait à Biddeford dans les années 1930 et 1940. Ils sont ancrés dans les expériences culturelles franco-américaines. Le Docteur Beaupré a son doctorat de l’Université Brown. Il a enseigné plus de trente ans à l’Université de la Nouvelle- Angleterre avant de prendre sa retraite en l’an 2000. Il a ensuite voyagé considérablement et a écrit des romans et d’autres livres en anglais et en français.

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